Mini-psychanalyse
Oseriez-vous une "micro-psychanalyse"?
Cette méthode particulière d'analyse brève et précise a été créée en 1953 par le psychiatre Silvio Fanti en 1953. La micropsychanalyse est un concept développé dans son ouvrage publié en 1981, « L’homme en micropsychanalyse : continuer Freud ».
Et si c’était une solution efficace adaptée à notre époque ?
Véronique Caillat qui, dans une première vie était avocate, a voulu, à force d’écouter les problèmes des autres, mieux comprendre comment fonctionnait l’être humain. Car elle avait vite compris que la perception qu’elle avait de ses clients était assez superficielle et ne concernait que les aspects qu’ils voulaient bien partager avec elle pour nourrir leurs dossiers à présenter devant les tribunaux. Mais elle ne savait rien de leur vécu ou de leur vie privée et c’est ce qui l’a incitée à vouloir comprendre d’abord la perception qu’elle avait d’elle-même avant de mieux approcher celle des autres...
Elle a alors quitté sa robe noire pour se mettre sur un divan et parler de ses problèmes après qu’un ami lui ait parlé de cette nouvelle méthode.
Pour comprendre l’être humain au-delà de sa propre vie, cette approche n’est pas intellectuelle mais elle permet de mieux discerner ses mécanismes de défense, ses heurts, ses peurs, un regard en profondeur qui lui servira toute sa vie.
Psychanalyse ou micropsychanalyse ? La première travaille sur la durée, des séances qui s’étalent sur des mois ou des années à raison d’une heure par semaine tandis que la seconde propose des séances de cinq fois trois heures et ce sur quelques semaines seulement.
Avec des rendez-vous tous les jours de la semaine, les résistances s’affaiblissent beaucoup plus vite. Elles lâchent et n’ont pas le temps de se reconstituer à l’inverse de la psychanalyse où il faut reprendre souvent tout depuis le début. La micropsychanalyse se base sur le matériel des 24h, c’est-à-dire qu’elle intègre toute l’actualité de la personne y compris les rêves de la nuit. Rêves qui parfois intègrent les paroles ou les pensées de la séance précédente et influent sur le matériel du lendemain. La journée accueille ce que Véronique appelle la queue du rêve. Toujours cet effet de continuité, la fréquence ajoutée à la longueur, pour aider à se comprendre et à retrouver le sens de son histoire.
Micropsychanalyse : la découverte de sa propre histoire …
Etes-vous prêt(e) à passer une centaine d’heures, ce qu’on appelle une tranche, à faire le point pour savoir où on en est ? La personne arrive, en général un peu inquiète, elle ne sait pas ce qu’elle va dire et on lui demande simplement de raconter son histoire dans les moindres détails, sans se demander si c’est intéressant ou pas et sans craindre les répétitions. Et peu à peu, elle s’apercevra que cette histoire a un sens, elle se rendra compte de son propre vécu mais aussi de celui de ses parents, de sa famille, tout un ensemble qui constitue sa propre histoire. Mais elle est consciente aussi qu’elle est face à des résistances qui coupent les fils qui renvoient au noyau de son inconscience. À l’analyste de lever ces résistances !
Une séance vue par le psy : « La personne arrive, s’allonge sur un divan et commence par raconter ce qu’elle veut puisque nous ne décidons rien. Elle peut le faire de manière chronologique ou parler de quelque chose qui la tracasse. Mais l’essentiel, c’est qu’elle soit confortablement installée parce qu’elle est là pour trois heures, sans téléphone et cela devient son lieu pour qu’elle se sente suffisamment en confiance pour se raconter. Après une première fois, nous lui suggérons en début d’analyse, de commencer par raconter ce qui s’est passé depuis la veille. Elle va détailler ses journées, ses rapports aux autres, établir une continuité entre ce qui s’est déjà dit, et dans sa vie quotidienne et la nuit à travers le rêve. Elle va ainsi prendre conscience de ses vies et articuler le tout avec des mini-répétitions ».
Le comportement : « Il ne correspond pas toujours à la manière dont on se comporte dans la vie sociale. Il y a ceux qui parlent énormément en société et qui sont muets sur le divan. Mais aussi l’inverse, des personnes qui sont muettes habituellement et qui là se mettent à parler. Elles se racontent, des propos interrompus par de longs silences mais nous ne les laissons pas s’angoisser dans cette position inconfortable. S’il n’y a rien qui vient, on leur propose une série de thèmes, le travail, l’école, le service militaire, les parents, un échantillon assez vaste pour que la personne s’engouffre dans ce qui l’inspire. Et peu à peu, elle raconte son histoire. A l’analyste ensuite de creuser tel ou tel point, non seulement dans les thèmes mais aussi dans certaines parties de sa vie parce que parfois, elles n’en ont aucun souvenir. Ce qui n’est pas éclairci le jour même le sera le lendemain ».
Le rêve : « On ne peut pas séparer la vie des rêves car le rêve contient toute la vie. C’est pourquoi, on y travaille plutôt en fin d’analyse. On peut passer 30 heures sur un rêve quand l’analysé a déjà parcouru l’essentiel de sa vie, les grands éléments qui la composent, et quand il a déjà mis au jour des vécus qui avaient été refoulés. Et il s’aperçoit alors que le rêve va être à la fois la chair de ce qui a été vécu mais aussi tout ce qui a été issu des appoints techniques, photos, courrier, etc ... »
La visée thérapeutique. « Freud disait « La guérison vient de surcroît ». Ce n’est pas une psychothérapie qui elle vise à guérir. Ce que nous faisons est plutôt un remaniement psychique. Face à des défenses qui bloquent l’accès, cela permet de les détendre et de conduire à un noyau inconscient qui va pouvoir être analysé et donc apporter un bienfait considérable. Le but, c’est d’apporter calme, sérénité, une homéostasie générale, c’est-à-dire un état d’équilibre dans notre corps. Cela peut changer complètement une vie et lever des symptômes sans que l’analysé ne s’en rende compte. Un symptôme, c’est un compromis entre un désir et une défense, il a toujours une raison d’être et si on l’enlève sans en connaître la raison, il se déplacera et ira ailleurs ».
Trouver le sens de sa vie : « Qui sommes-nous par rapport au monde animal ou humain, par rapport au cosmos, ces grandes questions seront posées en analyse et travaillées car ce sont des questions existentielles. On abordera la religion, la mort, l’argent, la puissance, le pouvoir. On se resitue, on se repositionne, ce qui apaisera beaucoup les relations familiales. On creuse beaucoup plus que la psychanalyse, on s’intéresse à la généalogie et l’analysé doit établir lui-même son arbre généalogique et l’écrire, mentionner les dates, évoquer les immigrations, les morts, les prématurés, les exclusions comme dans les familles où se sont déroulés des évènements vécus comme honteux. Ou évoquer un parent et sans s’en apercevoir, se diriger vers une notion d’interdit ou encore parler des femmes de la famille et élaborer un vécu d’abandon ».
La reconstruction : « Tout ce travail se fait avec des appoints techniques tels que des photographies, des photos d’eux depuis qu’ils sont nés, de leurs parents, de leurs amis et de leur environnement. Ils doivent les détailler à voix haute, de manière à ce que la perception soit sensorielle, ils vont se voir jeunes et comment ils ont évolué d’un point de vue physique ce qui va stimuler la remémoration ou leur permettre de pointer du doigt un détail. Exemple, une analysée a regardé la photo d’un paysage avec au loin un sens interdit. Elle en est venue à parler de son grand-père et de l’interdit sexuel, tout un flot d’associations générées par cette notion d’interdit. En fin d’analyse, on leur fait écouter les enregistrements des séances pour qu’ils puissent s’entendre. C’est un moment très fort, ils ne se reconnaissent pas dans les paroles prononcées ! ».
L’acceptation ou le rejet : « J’ai l’exemple d’une femme professeure de yoga qui était une vraie sadomasochiste, elle a suivi une longue analyse et s’en est sortie mais elle a trouvé ensuite que sa vie était devenue bien terne ! Notre but, c’est de faire en sorte que l’analysé s’accepte même dans cette nouvelle image de lui-même. Il y en a qui doutent, d’autres qui partent furieux ou qui disent « Ça ne m’a servi à rien ! » alors qu'il est évident que ça été positif ».
Dans notre époque de résultats à tout prix, l’analyse tout comme les autres actes de la vie doivent aujourd’hui aller vite, C’est là où la micropsychanalyse apporte des réponses dans un temps court et la personne ne reste pas attachée comme avec une béquille toute sa vie. C’est une autre vision plus humaniste car l’amélioration viendra d’elle-même par la suite. On voit aujourd’hui beaucoup de jeunes gens paumés dans la vingtaine ou lors de la crise des quarante ans ou plus tard, qui, en suivant une ou deux tranches de séances, peuvent ainsi faire le point sur leur vie sans que ce soit trop intellectuel ou superficiel. Qui l’on est et d’où l’on vient permet de vivre plus en harmonie avec soi-même, peu importe son âge et son vécu.
· AFPLS Association freudienne de psychanalyse en longue séance.
https://psychanalyse-longues-seances.info/fr/
Véronique CAILLAT interviewée par Vicky SOMMET, journaliste pour Realist Magazine.